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 Vendredi 13

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Mini-ny
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Date d'inscription : 07/05/2007

MessageSujet: Vendredi 13   Jeu 17 Mai - 4:22

On parle de l’adoption, de l’adopté, des adoptants Tous ces sujets méritent et doivent être abordés.
Seulement, dans de rares cas on parle de celles et ceux qui sont à la base de tout ça : les parents de naissance. Ceux qui abandonnent. Ceux qui font un don, un des plus chers que l’on puisse donner et recevoir. Mais lorsqu’on les évoque, on ne parle que de leur triste sort. Et avant cela que s’est il passé pour eux, qu’est ce qui les a conduis à une telle extrémité et comment la vivent ils? Les réponses à ses questions se gardent bien de sortir au grand jour.

Je veux en parler, j’en ai tellement eu besoin. Je me suis tellement posé de questions qui n’ont eues de réponses qu’après l’acte passé. Pourquoi ce silence ?
Si on intitulait un article : « Conseils pour abandonner dans des condition idéales et dans le respect des droits de chacun », serait-ce pris comme une incitation à abandonner ? Et si c’était le cas, serait ce une raison suffisante pour abandonner une autre jeune fille, une autre femme, un autre couple à cette situation qui dans aucun cas ne peut se vivre de façon idéale ?

Je ne veux plus de ce silence, je veux qu’un peu de lumière soit faite sur les mères de l’ombre.

Je veux que cette lettre, même si elle se perd dans les méandres du Web, je veux qu’elle soit là pour ceux et celles qui sont dans le brouillard, qui ne savent pas et à qui on refuse les réponses comme on me les a refusées.

Nous ne sommes pas des monstres, nous n’avons pas fait ce choix de bon grès et sans souffrance. Alors pourquoi les acteurs sociaux, censés nous aider à passer ce cap difficile, nous brandissent nos devoirs mais nous refusent l’accès à nos droits ?

Le choix que j’ai fait reste le mien et je ne l’impute à personne d’autre. Mais pour d’autres aspects : oui, ce sont eux que je vais pointer du doigt, alors, la voilà mon histoire :

Je suis sous pilule mais je me soupçonne d’être enceinte. Je me rends alors en consultation où mes soupçons sont confirmés. Je suis déjà enceinte de 4 mois, cette grossesse n’était pas dans mes projets, ni à moi, ni à mon compagnon, mais impossible d’avorter à ce stade. Je ne sais pas si c’est un oubli de pilule ou, comme on me l’a suggéré, un désir inconscient de grossesse. Je crois que je ne voudrais jamais vraiment savoir pourquoi tout cela est arrivé.

La question ne s’est pas posé, le choix était clair et donc ma décision fut prise. J’en informais mon compagnon qui m’avait laissé libre choix de la décision quelle qu’elle soit. Il ne voulait pas mettre de pression sur moi que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Nous nous aimions, et nous aimons toujours. J’ai décidé de ne pas sacrifier cet amour pour un autre même si l’amour mère/enfant est, dit-on, plus résistant que l’amour homme/femme. Nous n’avions pas fini nos études, alors j’ai fait le choix de donner une meilleure chance d’avenir à chacun d’entre nous.

J’ai donc fait part de ma décision à ma gynécologue. J’ai alors commencé mon questionnement sur ce qui allait se passer. Elle m’a dit ne pas être trop informée de la méthode à suivre dans ce genre de cas, l’abandon étant une situation que l’on rencontre rarement.
Elle m’orienta alors vers une conseillère familiale qui s’assura sommairement que j’étais sûre de mon choix. Ce qui m’arrangeait, la décision avait été assez pénible à prendre, j’avais peur qu’on essaie de me faire changer d’avis. Je refusais de faiblir, pour moi c’était comme un barrage qui me préserverait de ma souffrance. Pourtant, je priais tous les jours pour qu’elle reste à tout jamais dans mon ventre, pour que nous ne soyons jamais séparées…
Je me berçais d’illusions.
Entre temps, ma gynécologue avait tout mis en place. L’hôpital était averti de ma situation, et le jour venu, le nécessaire serait fait. Je demandais alors ce qui se passerait pour moi en attendant. Je voulais accoucher dans la discrétion, où allais je aller ? Comment serais je prise en charge pendant ma grossesse ?
La conseillère conjugale m’a alors dit que passé le quatrième mois, on ne pouvait plus faire de déclaration de grossesse, que de toute façon je n’étais pas considérée comme enceinte, et que donc elle ne pouvait rien faire pour moi. Sur ce elle me fait comprendre que je n’ai qu’à réapparaître le jour de l’accouchement.

Heureusement j’avais quand même de la chance : ma gynécologue m’a accompagné tout le long de la grossesse autant médicalement que moralement. J’avais pu être logée chez une amie, et mon compagnon est toujours resté à mes côtés, et comme je ne pouvais plus travailler, et malgré ses petits moyens, c’est lui qui a assumé ma situation financière. Il a toujours été compréhensif, il ne m’a pas blâmé une seule fois. Et pourtant je savais qu’il souffrait lui aussi, je m’en voulais de lui faire vivre tout cela. Néanmoins, on peut dire que j’ai été heureuse pendant cette période, malgré la perspective de la séparation, et peut être à grâce à cela, j’ai profité au maximum du temps qui nous restait ensemble au bébé et à moi.

J’ai mis ces quelques mois à profit pour essayer de me documenter sur la situation, mais je n’ai guère trouvé de réponse. La seule source que j’ai trouvée, était un livre que j’ai acheté. Avec une petite partie pour l’abandon et une grande partie sur l’adoption. Les réponses étaient un peu confuses, on parlait de l’abandon vaguement. Entre la façon dont ça se passait avant et partout dans le monde, je ne suis pas arrivée à déterminer les éléments qui s’adaptaient à ma situation. Mais on m’avait promis qu’à l’hôpital je trouverai quelqu’un à qui poser mes questions et qui pourrait me répondre. Il ne me restait plus qu’à attendre.
Je n’avais pas eu droit au cours pour préparer à l’accouchement, mais on m’avait quand même accordé le droit à la péridurale. J’avais donc pris rendez vous avec l’anesthésiste depuis des mois. Mais c’était l’été de la canicule en 2003, les bus faisaient grève. J’ai donc du payer un taxi, mais arrivée là bas, le personnel faisait grève aussi. Tant pis, pas de péridurale pour moi.

7 heures du matin, vendredi 13, voilà le jour que le destin avait choisi pour moi. Toujours la canicule, toujours les grèves mais plus un sou pour prendre le taxi. J’appelle alors les pompiers qui m’amenèrent à l’hôpital non sans me faire remarquer agréablement qu’ils n’était pas là pour ça, j’étais déjà prête à exploser en sanglots.
On finit par arriver, j’avais déjà perdu les eaux, donc je suis allée directement en salle d’accouchement. J’ai attendu, elle ne semblait pas vouloir venir, j’ai eu des contractions pendant des heures. Finalement, l’anesthésiste a déboulé en demandant à l’équipe pourquoi il m’avait laissé souffrir tout ce temps. J’ai eu donc droit à ma péridurale, et on a déclenché l’accouchement. 20 minutes plus tard soit à 19h30, elle était née. La sage femme et son apprentie, qui ont été d’une gentillesse extrême, m’ont proposé de la prendre sur moi et j’ai dit oui.

Le lendemain, je me réveillais dans une chambre. Mes jambes étaient encore un peu endormies, tout ce que je pouvais faire, c’était penser et réfléchir. Je me suis dit que là, en ce moment nous étions au même endroit, et que j’avais encore la possibilité de la voir. Mais j’avais peur de revenir sur ma décision en la voyant. J’ai retourné ça dans ma tête milles fois. Et finalement, mes jambes tout à l’heure endormies, m’ont conduites toutes seules à la nurserie. Je me suis dit que je pouvais bien la regarder encore une fois. Je l’ai vue à travers la vitre, une des nourrices est sortie et m’a proposé d’entrer. Je n’ai pas réfléchi, j’ai juste dit oui. Elle m’a ensuite proposé de la prendre dans mes bras, de lui donner le biberon. J’ai encore acquiescé, j’avais mis mon cerveau en sourdine. Et là je me suis dit quitte à ce qu’on soit dans le même endroit quelques jours, autant qu’on les passe ensemble, autant profiter de ces quelques précieux moments.
La nourrice avait du le sentir, elle m’a dit que nous pouvions retourner toutes les deux dans ma chambre. Et me voilà, traversant les longs couloirs de l’hôpital, poussant ce petit berceau. Qu’étais je en train de faire ? Je ne cessais de me répéter que quoiqu’il arrive je ne pouvais pas la garder, que ce que j’étais en train de faire était loin de faciliter les choses, pourtant mes jambes continuaient d’avancer…
Je me suis raccrochée au peu que je pouvais encore avoir. Nous avons passé trois merveilleux jours ensemble. Elle aura senti ses premiers rayons de soleil avec moi, sa première petite brise, son premier sourire…
Cela m’a aidé à ignorer le comportement du personnel de l’hôpital. Les équipes changeaient, il me fallait à chaque fois ré expliquer, résister aux questions insistantes. Certaines équipes comprenaient, d’autres non. On venait me voir, « vous la tenez dans vos bras, et ça ne vous fait rien ? ». On n’avait pas non plus gardé la discrétion sur mon cas, certaines patientes de l’étage (on m’avait mis à l’étage gynécologique, et pas maternité) sont venues me questionner « c’est vrai que tu vas pas la garder ? ».
Pendant ces jours j’ai quand même eu un entretien avec la psychologue de l’hôpital. Elle m’a accueilli avec un sourire bienveillant, m’a demandé comment je me sentais face à tout cela, si j’avais des questions. Bien sûr que j’en avais, mais encore une fois, aucune auxquelles elle pouvait répondre.
Au terme de ces 3 jours, j’ai enfin rencontré l’assistante sociale qui devait s’occuper des papiers. Je l’ai inondée de questions. Elle m’a répondu que tout ce que j’avais bien pu lire était faux, ou ne se faisait pas en France. C’est comme ça que j’ai eu le choix entre l’adoption plénière et l’adoption plénière. A sont tour elle m’a posé des questions et m’a fait signé les papiers.




Je sentais que tout cela n’avait pas été très honnête, j’ai passé deux ans déchirée par la tristesse, me martelant de questions, je savais qu’on ne m’avait pas dit la vérité.
Puis j’ai rencontré Lydia. Enfin des réponses !
Aujourd’hui, je ne suis pas plus heureuse, je ne pleure pas moins, mais même si je les ai eu trop tard, maintenant, j’ai des réponses.

Merci Lydia.
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